Hyperlaxité. Pourquoi est-il capital de savoir la dépister ?

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L’hyperlaxité est une atteinte fréquente dans la population générale et surreprésentée chez les pratiquants de yoga. Invisible et peu connue, elle mérite pourtant d’être repérée pour prévenir les douleurs chroniques à long terme.

« Mais pourquoi personne ne me l’a jamais dit ? » s’agace Virginie, 42 ans, lors de notre première consultation. « Ni mon médecin, ni mes profs de sport, ni mes kinés! Pourtant j’en ai consulté du monde! ».

Je dois avouer qu’en tant que kinésithérapeute, je ne parlais que rarement de l’hyperlaxité à mes patients. Pourtant, j’ai été formée à cette problématique qui se dépiste très facilement. La première des raisons, c’est que l’hyperlaxité est presque physiologique (normale), et que souvent le patient a une problématique plus urgente à régler. La deuxième raison, c’est que le travail d’éducation est long, et qu’il s’agit d’un travail préventif et que ni le kiné, ni le patient n’ont en général le temps de le réaliser.

Ma prise de conscience :

J’ai eu le déclic il y a quelques années, en visionnant avec des amis la vidéo d’une jeune contorsionniste. Elle était magnifique, respirait la santé et réalisait des prouesses. Mes amis étaient subjugués et moi…déformation professionnelle oblige, j’étais très crispée pour elle. Sa prestation n’étant pas loin d’être un film d’horreur articulaire… Lors de l’interview suivant son numéro, elle expliquait qu’elle souhaitait arrêter sa carrière artistique. Tout le monde était très surpris, sauf moi : les douleurs étaient insoutenables bien sûr! Ce qui me semblait une évidence ne l’était donc pas, et j’ai commencé à alerter mes patients sur l’hyperlaxité.

Jeune fille hyperlaxe réalisant une contorsion.

Qu’est ce que l’hyperlaxité ?

Dans cet article, je ne vais parler que des formes mineures, communes, d’hyperlaxité.

Volontairement, j’exclus les maladies génétiques de type SED ( Syndrome d’Ehlers-Dalos), syndrome de Marfan ou trisomie 21, qui présentent pourtant toutes l’hyperlaxité comme symptôme, mais dont le diagnostic et le suivi médical sont très différents de la thématique qui m’intéresse aujourd’hui.

Je vais donc parler aujourd’hui de l’hyperlaxité articulaire, qui permet à certaines articulations d’aller dans des amplitudes extrêmes, anormales et non physiologiques. Cela est dû au relâchement et à l’élasticité excessive de certains tissus conjonctifs (ligaments, tendons, fascia… selon les cas).

Qui est concerné par l’hyperlaxité?

Environ 1 personne sur 10 est concernée à des degrés divers. Ce sont plus souvent les femmes. Cette hyperlaxité peut concerner toutes les articulations chez une même personne, ou certaines articulations seulement. Elle peut être innée ou acquise suite à un traumatisme. Une entorse grave de la cheville, par exemple, peut amener à une hyperlaxité d’une cheville seulement.

L’hyperlaxité peut également être acquise par la pratique assidue et non conscientisée de certains sports de souplesse en pleine croissance : gymnastique et danse classique notamment. En danse classique, l’hyperlaxité est même un critère de recrutement des danseurs, l’hyperlaxité permettant alors une danse plus esthétique.

Certains auteurs appellent aussi l’hyperlaxité articulaire, hypermobilité, mais tous ne s’accordent pas sur ce terme. La définition « médicale » de l’hyperlaxité n’est donc pas si simple, entre physiologie et pathologie. Notons qu’en plus, un hyperlaxe peut être raide, en général dans certaines zones du corps seulement, et que le plus souvent cette raideur arrive plus tard, avec les douleurs et le vieillissement.

Enfin, l’hyperlaxité augmente pendant la grossesse, dès le premier trimestre, sous l’effet de sécrétions hormonales de relaxine, progestérone et œstrogène, visant à préparer le bassin à l’accouchement.

Quelles sont les conséquences pour les hyperlaxes?

A court terme, le risque est traumatique

A court terme, les articulations permettant des amplitudes extrêmes, le risque d’entorse, parfois à répétition, de subluxation ou luxation est fréquent. On retrouvera ainsi volontiers à l’interrogatoire des entorses multiples de la cheville, des subluxations de l’épaule ou de la rotule et un risque majoré de spondylolysthésis (glissement d’une vertèbre).

Mais il faut insister sur le fait qu’en dehors de ces évènements traumatiques, le patient jeune, n’a en général pas de douleurs articulaires et n’a pas conscience de son hyperlaxité. Il peut même en tirer un bénéfice sportif. En effet, son hyperlaxité est sa norme. Il ne réalise pas toujours qu’il possède des amplitudes articulaires non physiologiques et ne sait pas que cela peut être préjudiciable à long terme.

A long terme, le risque est la douleur chronique

A long terme, souvent dès la quarantaine, et à force de microtraumatismes répétés, les douleurs articulaires, musculaires et tendineuses apparaissent. Les microtraumatismes peuvent être de simples mouvements du quotidien comme la marche avec un recurvatum de genou : c’est à dire en « claquant » ses genoux tendus. La répétition de postures de yoga mal alignées, ou de gestes sportifs intenses ( flip arrière en gym avec impact lors de la réception) sera particulièrement préjudiciable à l’hyperlaxe, allant chercher des amplitudes extrêmes et finissant par léser ses cartilages. Les hyperlaxes sont ainsi sujets à une arthrose précoce et diffuse et à une multiplicité de douleurs tendineuses et ligamentaires, laissant évoquer un diagnostic de fibromyalgie. Avec les douleurs diffuses et chroniques, des états de de frustration, anxiété ou dépression peuvent apparaître également.

Aucune fatalité néanmoins, il est facile de repérer l’hyperlaxité sur soi, ou sur vos élèves au sein d’un cours collectif de yoga pour la prévenir. Comment faire?

Le recurvatum ou hyperextension du coude et du genou

Chez l’hyperlaxe, les coudes et/ ou les genoux autorisent une hyperextension, appelée aussi recurvatum. Habituellement, le médecin recherche cette hyperextension en position allongée pour le genou.

Vous pourrez observer l’hyperextension du genou lors :

  • Des pinces debout (Uttanasana), associées à un recul du bassin,
  • Du grand angle debout (Prasaritta Padottanasana),
  • Des triangles (Trikonasana) ….

Et pour les coudes lors des postures en appui sur les mains telles que :

  • Le chat/ la vache
  • Le chien la tête en bas (Adho Mukha Svanasana)
  • Le chien la tête en haut (Urdhva Mukha Svanasana)….
hyperextension recurvatum de coude en quadrupedie posture du chat yoga

Pour éviter les douleurs à long terme, il « suffit » d’apprendre à s’arrêter avant sa butée articulaire. Vous aurez la sensation d’être dans le « vide », que votre articulation n’est pas stabilisée. Engagez alors un gainage musculaire.

Ainsi, là où une morphologie raide va chercher de l’ouverture et de l’étirement, avec une sensation de résistance, une morphologie hyperlaxe doit au contraire apprendre à trouver de la tonicité, presque une fermeture, une diminution de ses amplitudes. Vaste programme, qui nécessitera sans aucun doute l’accompagnement d’un professeur habitué à la lecture du mouvement juste. A défaut, filmez vous et observez votre pratique, vous pourrez déjà facilement prendre conscience des recurvatum.

N’oubliez pas que cet apprentissage sur le tapis doit idéalement se transférer dans la vie quotidienne, et que la simple marche en recurvatum est délétère à long terme pour les genoux. Il existe d’autres défauts d’axes dans les genoux et l’hyperlaxe aura tendance au genu valgum (genoux en X). Dans mon article sur les syndromes fémoro-patellaires, vous retrouverez tous les conseils et postures pour retrouver le bon alignement.

L’hyperlaxité des épaules

Vous pouvez repérer les hyperlaxités dans les postures du chien la tête en bas, avec la tête descendant facilement sous l’axe main-bassin. Travaillez les alignements main, tête et bassin.

hyperextension des épaules laxes posture du chien la tête en bas adho muka svanasana yoga

Vous observerez les laxités des épaules à la facilité à réaliser des postures demandant une mobilité extrême. En pratique, l’axe entre l’omoplate et l’humérus doit rester aligné et ne pas dépasser 180°. Ayez conscience que dans la population générale sédentaire, élever les bras au ciel sans compenser est souvent difficile.

Le rachis hypermobile

Deux indices peuvent vous guider mais la pratique du yoga va brouiller les pistes.

La pince Uttanasana = le pratiquant pose les mains à plat au sol genoux tendus. Dans la population générale, c’est un bon test, mais il est vrai que chez les yogis cela est fréquent, même sans être hyperlaxe. Cela reste un bon test pour les débutants. Remarquez que sur la photo de pince debout, la pratiquante ne réalise quasiment aucune flexion lombaire, mais uniquement de la flexion de hanche.

Les extensions : notez si l’amplitude est majeure dans des postures comme le pont et surtout si elle est harmonieuse ou présente une cassure comme ici.

Les chevilles instables

Vous testerez les chevilles dans les postures d’équilibre pied à plat comme l’arbre, ou les postures en équilibre sur les pointes de pied. Observez les oscillations, qui seront majorées du côté hyperlaxe. Comparez les deux côtés. Vous devez obtenir un appui sur le « coussinet » du gros orteil pour être bien axé, si cela n’est pas possible, travaillez en demi -pointe.

Les hanches : mobilité extrême

Le bassin pourra antéverser alors que les hanches sont déjà en amplitude extrême d’ouverture. Cela montre une grande mobilité dans les hanches et les lombaires. Le lotus est réalisable.

jeune femme réalisant la posture du lotus en yoga et ayant une souplesse extrême des hanches dans padmasana

Les doigts et les poignets : le test facile

Il existe des tests de mobilité faciles à réaliser, d’ailleurs vous les avez sûrement faits dans votre enfance. Ces tests font partie d’un score plus global, connu sous le nom de score de Beighton.

  • Main à plat sur une table, avec l’autre main, soulevez le 5e doigt. Si l’amplitude dépasse la verticale (90°) vous êtes hyperlaxe (du petit doigt).
  • Essayez de toucher votre avant-bras avec votre pouce du même côté. Si vous le touchez, vous êtes hyperlaxe du poignet en flexion.

Pratique sportive et hyperlaxité

Le yoga

Les hyperlaxes sont attirés par le yoga, les postures extrêmes mises en avant sur les réseaux sociaux ne leur semblent pas inatteignables. D’ailleurs la majorité de ces postures sont réalisées par des hyperlaxes et ne seront pas envisageable pour une morphologie normale.

Les morphologies hyperlaxes vont donc dans leur facilité, de façon consciente ou inconsciente, en pratiquant le yoga ou la danse. La quasi totalité de mes profs de yoga ou de danse ont des morphologies hyperlaxes, mais je n’en ai pas connu assez pour pouvoir en faire une vérité et j’ai vu des hyperlaxes dans des sports très toniques (boxe).

Si mon patient hyperlaxe pratique déjà le yoga, je l’invite à trouver ses limites articulaires, en deçà de ses possibilités. Il va manquer de repères pour savoir où s’arrêter dans ses asanas. Ce patient a un travail magnifique de placement du mouvement à réaliser, en dessous de son amplitude maximale, et avec plus de tonus musculaire. Il doit apprendre à protéger ses articulations, en les stabilisant de manière musculaire, active (et donc fatigante) et non en les calant passivement dans des butées osseuses ou ligamentaires lâches. Cela crée souvent un sentiment de frustration et de perte de repères.

Mes conseils de kiné

Si un patient hyperlaxe me demande quel sport pratiquer et qu’il ne connaît pas le yoga, je l’oriente plutôt vers le Pilates. En effet, les professeurs de Pilates ont une excellente formation aux placements justes et il n’y a pas de recherche de souplesse excessive dans les niveaux débutants.

Enfin, les sports pivots et pivots contact (football, tennis, ski…) sont déconseillés chez les hyperlaxes, le risque traumatique étant majoré. Des attelles, des tapings, des contentions légères, peuvent permettre un rappel extéroceptif, c’est à dire une information tactile permettant de savoir que l’on dépasse sa limite articulaire.

Si vous êtes hyperlaxe, il n’est jamais trop tard pour modifier votre pratique, même si les douleurs sont déjà apparues. Les douleurs seront traitées également en kiné par de la physiothérapie, de la proprioception et de l’éducation au mouvement, en ostéopathie, ainsi que par des techniques cognitives comportementales.

Alors, vous, le direz-vous à vos élèves, qu’ils sont hyperlaxes? Partagez votre expérience en commentaire.

Muriel.

Bibliographie et images

Photo by Sonnie HilesWesley Tingeyon, David Hofmann, CATHY PHAM, Oksana Taran, on  Unsplash

Image par StockSnap, studionone, Alexandr Ivanov, S. Hermann & F. Richter, Anastasia Gepp de Pixabay

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16 thoughts on “Hyperlaxité. Pourquoi est-il capital de savoir la dépister ?

    1. Oui les effets à long terme sont globalement méconnus du grand public, des médecins généralistes et des profs de sport. Alors parlons-en des recurvatum ;-)!

  1. Coucou ! Je découvre ton blog grâce à ton article 🙂 tous les matin je fais mon yoga avant de commencer ma journée, donc ça m’intéresse ! À bientôt
    Efi

    1. Merci pour ton soutien ;-)! Si tu as une problématique précise, n’hésite pas à me contacter. Je peux te conseiller ou écrire un article sur ce thème. Bonne pratique ! Muriel

  2. Hyper intéressant car ce que vous soulignez devrait faire partie des informations de santé préventives ! les photos complètent bien l’article. C’est clair que je ne suis pas dans ce cas de figure. Je me suis tjs trouvée « pas souple », et là, je vois que c’est plutôt une bonne chose de ne pas l’être à l’extrême. 1 personne sur 10, ça concerne quand-même bcp de monde.

    1. Merci pour votre commentaire Bastienne! Oui, c’est extrêmement fréquent. Vous le verrez peut être chez vos proches. Je trouve qu il est plus simple pour une morphologie raide de s assouplir un peu que pour un hyperlaxe d apprendre à limiter ses amplitudes ;-)!

  3. L’envers du décor fait tout de même froid dans le dos… Je ne connaissais pas l’hyperlaxie et je dois avouer (un comme vos amis) tomber de haut en lisant votre article. Cependant, toutes vos explications semblent tellement logiques que je me demande comment cela ne m’avait pas sauté aux yeux avant. Merci !

    1. Merci pour votre commentaire Nicolas. C’est un numéro d’équilibriste d’informer sans inquiéter…Et le travail préventif n’intéresse pas toujours! Merci pour votre lecture attentive!

  4. « j’étais très crispée pour elle » 🤣
    On reconnaît bien la professionnelle !

    Très bon article encore une fois, j’aime particulièrement ta manière intimiste d’écrire, j ai l’impression d’avoir une discussion avec toi sur un canapé avec un bon café à la main 🙂

  5. Merci Muriel pour cet article très intéressant ! C’est grâce à toi que j’ai pris conscience de mon hyperlaxité et depuis j’y prête attention. Les conseils de cet article vont m’aider à mieux gainer pour compenser le fait de ne pas aller au bout de mon amplitude articulaire, et aussi observer mes élèves pour les guider en ce sens !

    1. Merci Claire ! Oui, je te confirme que tu fais partie des profs de yoga hyperlaxes ;-). N’hésite pas à revenir vers moi si tu ne sais pas gérer ton hyperlaxité dans certaines postures. Muriel

  6. En effet Muriel, merci pour cet article qui me permet de prendre conscience encore et encore des mécanismes du corps. Grâce au travail (exercices physiques) que vous me fournissez, petit à petit j’arrive à mettre en place un système de rééquilibrage et de renforcement. « Toujours plus loin », woiou 😉

  7. Merci pour cet article, j’enseigne le yoga et repère régulièrement des élèves hyperlaxes (surtout au niveau des coudes). Beaucoup ne le savaient pas et sont effectivement un peu perdus au départ!

    D’où l’importance de travailler en conscience…

    1. Merci Ipayoga pour votre retour. Il y a beaucoup d’hyperlaxes en effet en yoga, continuez à les informer, vous leur rendez un grand service!

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