Respirer de James Nestor : je ne sais pas combien de fois vous m’avez recommandé ce livre, mais j’ai enfin pris le temps de le lire pendant mes vacances. Et il s’est passé quelque chose d’assez inattendu : ce livre sur la respiration a réussi à m’énerver !
Je vais vous expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec une bonne partie de l’ouvrage.
Je vous partagerai également la transmission que je préfère à propos de la respiration.

Je précise tout de suite que je ne rejette pas ce livre en bloc.
Au contraire, je comprends très bien son succès : il remet la respiration au centre, il donne envie de s’y intéresser. Et il peut être une excellente porte d’entrée vers le yoga, le pranayama ou un travail respiratoire plus régulier. Mais en tant que kinésithérapeute ostéopathe, certains raccourcis, certaines promesses thérapeutiques et certaines oppositions entre médecine moderne et pratiques respiratoires m’ont vraiment posé problème.
Dans cet article, je vais donc essayer de faire la part des choses : ce que Respirer apporte, ce qu’il vulgarise très bien, mais aussi ce qui mérite, à mon sens, beaucoup plus de nuance, surtout lorsqu’on parle de santé, d’asthme, de scoliose, de respiration nasale ou de traitements médicaux.
Un succès éditorial compréhensible autour de la respiration
Ce livre a donc été écrit par James Nestor, qui est un journaliste scientifique américain. Il a été publié en 2020 et c’est un carton littéraire. C’est un phénomène mondial. Il a été vendu à plus de 3 millions d’exemplaires, traduit en 44 langues, et il est resté 18 semaines sur la liste des best-sellers du New York Times. Imaginez un peu : un livre sur la respiration. Je comprends, puisque la forme est excellente, captivante. C’est très facile à lire, ça se lit comme un roman. D’ailleurs, plus qu’un roman, c’est plutôt un reportage d’investigation. On voit vraiment le travail journalistique. Ça n’a rien à voir avec un traité de physiologie. C’est très simple à comprendre. Donc le succès littéraire est tout à fait compréhensible, parce que c’est agréable à lire et très motivant pour travailler sa respiration.
James Nestor dans Respirer, se soumet lui-même à une expérience scientifique. On a hâte de savoir ce qu’il arrive à résoudre grâce à la respiration. Il se promène aux quatre coins du monde où il va rencontrer des chercheurs autour de la respiration. Donc en ça, c’est très bien écrit et ça donne vraiment envie.
Et je veux être très claire dès le début : si ce livre a autant de succès, ce n’est pas un hasard. Il a un vrai mérite : il remet la respiration au centre. Il donne envie de s’y intéresser, il donne de la motivation pour sortir de ses problèmes respiratoires. Et donc, pour beaucoup de personnes, ce livre va être une vraie porte d’entrée vers des pratiques comme le yoga ou les pranayamas, et va amener de l’espoir et des solutions thérapeutiques. Et ça, évidemment, ça n’a pas de prix.
Respirer de James Nestor : un récit plus narratif que scientifique
Respirer ressemble à de la science
Alors qu’est-ce qui ne m’a pas plu ?
Ce qu’il faut déjà vraiment comprendre, c’est que c’est un livre pseudoscientifique. Certes, il y a une bibliographie impressionnante. Le journaliste est parti de sa thèse et a probablement trouvé des références qui l’étayaient. En tout cas, on ne peut pas le vérifier, puisque l’ouvrage est écrit sans aucune référence à la bibliographie. C’est-à-dire qu’il y a bien une bibliographie, oui, il y a bien des phrases, mais on ne sait pas quelle référence bibliographique soutient quelle phrase. En tout cas, ce n’est pas une étude scientifique. Par exemple, ce n’est pas du tout une méta-analyse de la littérature scientifique sur le sujet.
En fait, la thèse de James Nestor dans Respirer, c’est de dire que le fait de respirer par la bouche est une catastrophe liée à notre civilisation moderne.
Il y a donc un mélange de données très hétérogènes : des études, des ouvrages, des livres, des expériences scientifiques qui datent du XIXe siècle ou qui sont de très petite taille, à côté d’expériences scientifiques plus sérieuses.
Il y a des récits de patients, des anecdotes, des sportifs. En tout cas, il faut vraiment que vous compreniez que ce n’est pas une démarche scientifique, mais ça y ressemble. Quelqu’un qui n’est pas habitué à lire de la littérature scientifique peut se dire que c’est un ouvrage très sérieux et très sourcé.
Des techniques littéraires bien connues
Il y a autre chose : l’auteur utilise à outrance ce qu’on appelle le biais du survivant.
Il va prendre un cas isolé et le présenter de manière tellement argumentée que vous allez penser que ce cas isolé est la norme, que c’est lui qui détient la vérité. C’est tout à fait à l’encontre d’une démarche scientifique, mais c’est extrêmement puissant pour vous tenir en haleine.
C’est l’anti héros de tous vos films et romans préférés. Celui qui, seul à l’encontre de l’humanité, se bat pour défendre son idée, sa mission de vie. Pour que le suspense soit complet, notre anti-héros aura dû rencontrer des difficultés à assumer sa mission de vie. Ayons une pensée pour Dr House, Erin Brokovich, Neo dans Matrix, Rocky Balboa… La recette est connue de tous les auteurs ou story-tellers.
James Nestor construit donc impeccablement son récit : le héros (lui et plus largement les pneumonautes) découvrent que tout le monde se trompe depuis toujours… et qu’une poignée d’initiés détient la vérité.
L’exemple d’Emil Zátopek et ses limites scientifiques
Et souvent, vous me l’avez rapporté dans vos commentaires. Quand je vous disais que par exemple, en course à pied, il est très classique de respirer par la bouche parce qu’on a besoin d’un plus grand volume d’air mobilisé à grande vitesse, à chaque fois vous me citiez en commentaire la technique d’entraînement du coureur Emil Zátopek, le Tchécoslovaque multimédaillé aux JO dans les années 50, qui s’entraînait en hypoventilation.
Oui, mais c’est l’exception. Quasiment personne depuis n’a repris ses méthodes d’entraînement respiratoires. Et surtout, ce qu’oublie de nous dire James Nestor, c’est qu’Emil Zátopek, certes, avait mis en place une technique d’entraînement très spécifique en hypoventilation, mais il a aussi été le père de l’entraînement fractionné en course à pied (que tous les coureurs utilisent encore aujourd’hui).
Alors finalement, qu’est-ce qui a fait d’Emil Zátopek le champion qu’il a été ? Ses techniques ventilatoires, ses techniques d’entraînement fractionné, ou les deux ? C’est juste pour vous faire prendre conscience qu’une exception ne confirme pas la règle.
Et dans tous les chapitres du livre, vous allez retrouver ce biais du survivant. C’est très puissant comme outil narratif, mais ce n’est pas un modèle d’étude scientifique. Ce n’est pas moins intéressant pour autant, car ça questionne. Mais la nuance aurait été, à mon sens, bien plus pertinente.
Le clivage avec la médecine : un point central dans Respirer de James Nestor
L’autre chose qui m’a profondément heurtée, c’est le clivage entre les pneumonautes et les médecins. L’ouvrage de James Nestor, Respirer, présente deux « idiots du village » (je cite). L’un est clairement désigné : c’est la personne qui respire par la bouche, puisque cela va déformer son visage (ce qui est vrai), affecter sa capacité à mastiquer (ce qui est vrai également), ses capacités cognitives, sa qualité de sommeil, sa concentration. Tout cela est très connu. Mais l’autre idiot du village, c’est aussi le médecin.
Les médecins et la médecine allopathique (on n’entend pas parler des kinésithérapeutes dans cet ouvrage) n’auraient rien compris à la respiration. C’est archifaux. Je mets juste un bémol : James Nestor est américain, et je ne connais pas la médecine américaine.
Il oppose de manière clivante les pneumonautes , des personnes qui se sont intéressées à la respiration pour diverses raisons (souvent parce qu’elles étaient malades) et qui ont résolu leur problème via la respiration, aux médecins.
Parfois, ces personnes étaient en quête de performance sportive ou pratiquaient l’apnée ou le yoga. En tout cas, ces pneumonautes, non-médecins qui se sont intéressés à la respiration, sont encensés par l’auteur : ils n’auraient jamais été écoutés et leurs ouvrages jamais entendus par la médecine conventionnelle.
Ce n’est pas complètement faux. Je sais bien que les techniques respiratoires sont millénaires et que la médecine a mis bien plus longtemps à s’y intéresser. Mais quand même, c’est là que j’ai fait des poussées d’hypertension, en voyant la manière dont James Nestor décrit l’incompétence et la méconnaissance des médecins sur le pouvoir de la respiration.
Mon expérience de kinésithérapeute face aux raccourcis du livre
Je suis kinésithérapeute, formée de 1998 à 2001. Si je ressors mes notes de cours — que ce soit sur la lombalgie, la dorsalgie, les cervicalgies, et pas seulement en kiné respiratoire — partout il est écrit : diaphragme, libérer le diaphragme, étirer le diaphragme, respiration abdominale. En kiné, on connaît certes moins la respiration qu’en yoga avec les pranayamas, mais évidemment qu’on traite la respiration !
Évidemment que c’est un outil puissant qu’on n’ignore pas. Et ça, depuis des décennies.

Et bien sûr qu’on connaît la respiration nasale. Bien sûr qu’on demande à nos patients de respirer par le nez. Et il n’y a pas que les kinés : il y a aussi les orthophonistes (la phonation, la déglutition, les fausses routes, tout cela est archiconnu), et les orthodontistes, qui travaillent énormément de concert avec les ORL et les orthophonistes. Si vous tapez « respirateur buccal » sur Google, vous trouverez une quantité impressionnante de littérature scientifique. Il est donc complètement faux de dire que la médecine allopathique se désintéresse du nez. Et ça m’a sidérée.
Par exemple, page 31 : « les médecins considèrent le nez comme accessoire. » James Nestor amène des nuances… mais à la page 300, c’est-à-dire dans l’épilogue. Et je suppose que beaucoup de lecteurs n’y arrivent pas et s’en tiennent à cette page 31, où dès le début le médecin est décrit comme n’ayant rien compris à la respiration.
Respirer de James Nestor : les risques des promesses de guérison
Asthme, emphysème et respiration : les raccourcis problématiques de James Nestor dans Respirer
L’autre chose vraiment dommageable, c’est que dans Respirer, James Nestor prétend, sans aucune nuance, guérir toute une série de pathologies par la respiration.
Je vous les cite : l’emphysème, l’asthme, la pneumonie, la bronchite chronique. Vous trouverez la citation page 108. J’ai fait une vidéo sur l’asthme ainsi qu’un article. Vous pourrez écouter l’interview d’un kinésithérapeute spécialisé en kiné respiratoire qui vous dira ce qu’il en est. Mais l’asthme ne se guérit pas. C’est une maladie chronique.On améliore énormément la qualité de vie des patients par le travail respiratoire, mais dire que l’asthme est guéri par la respiration, c’est tout simplement faux. Et surtout, c’est prendre le risque d’éloigner le patient de son suivi médical.
D’ailleurs si vous voulez télécharger gratuitement une fiche de conseils respiratoires pour vos élèves asthmatiques, cliquez-ici.
Scoliose et prise en charge moderne
Pareil pour la scoliose. Il présente la méthode de Katharina Schroth, en disant qu’elle a été oubliée.
C’est une Allemande des années 50 qui souffrait elle-même d’une scoliose et a développé une méthode de respiration qu’elle a appelée respiration orthopédique. D’après lui, elle redressait des scolioses. Premier point : il s’agissait de scolioses absolument pas traitées, pas suivies et probablement sans aucune distinction entre attitude scoliotique et scoliose vraie.
Donc dès qu’on commençait à les traiter un peu, il y avait sans doute des améliorations spectaculaires, sans commune mesure avec des adolescents pris en charge régulièrement de nos jours. Mais surtout, c’est complètement faux de dire que cette technique a été oubliée. Au contraire, c’est la mère du traitement rééducatif moderne de la scoliose. Il n’y a pas un kinésithérapeute aujourd’hui qui traitera une scoliose sans réfléchir à la respiration. Les méthodes de Katharina Schroth sont de nos jours toujours enseignées et améliorées dans les écoles de kiné.
Le danger de retarder la prise en charge
Laisser supposer à un patient que rien que par la respiration nasale, il va pouvoir redresser et guérir de sa scoliose, je suis désolée, c’est révoltant. Je ne peux pas le dire autrement. Ce sont des jeunes qui vont peut-être devoir porter des corsets, peut-être aller jusqu’à la chirurgie. Il faut une alliance thérapeutique.
Il faut que ce jeune qui souffre d’une scoliose évolutive se sente bien encadré par son kiné, son orthopédiste, et éventuellement son prof de yoga. Mais il ne faut pas opposer les mondes. Quand on propose une solution miracle, on crée de faux espoirs et on risque un retard de prise en charge.
Pour la scoliose, vous savez que ce qui est particulièrement important, c’est d’utiliser la période de croissance. On a quelques années pour agir. Un retard de prise en charge est vraiment délétère.
Les corticoïdes inhalés ne doivent pas être diabolisés
Autre mauvais conseil que je me dois de citer : concernant l’asthme, il prétend que les corticoïdes inhalés ont des effets secondaires néfastes et qu’il faut absolument essayer d’éviter ces traitements. C’est inexact. Ce sont des corticoïdes inhalés, un traitement de fond essentiel dans l’asthme, qui réduit l’inflammation des bronches, limite le nombre de crises et le risque de surinfection. Il y a certes des effets secondaires, mais qui n’ont rien à voir avec les corticoïdes pris par voie orale.
En fait, il faut toujours calculer le ratio bénéfices/risques pour un traitement. Pour les corticoïdes inhalés, ce ratio est très favorable à la prise. Il ne faut donc pas décourager un patient de l’observance de son traitement. C’est déjà difficile pour un asthmatique de prendre ses traitements tous les jours. S’il tombe sur ce passage et se dit « si je respire par le nez, je n’aurai plus d’asthme », on risque de l’éloigner de son traitement. Ce n’est pas un discours qui va dans le sens de l’alliance thérapeutique. Et accessoirement, vous risquez de mettre des vies en danger. On peut encore mourir d’une crise d’asthme en France.
Quand vous recommandez ce genre de lecture, ayez conscience qu’il risque de décourager la prise en charge médicamenteuse. À dire vrai, après la bibliographie, l’auteur précise que cela ne remplace pas un conseil médical. Mais cette précision, personne ne la lit, parce qu’elle se trouve après la bibliographie.
Scotcher la bouche la nuit : un autre mauvais conseil du livre Respirer de James Nestor
Autre très mauvais conseil donné dans le livre : se scotcher la bouche la nuit. Cela va forcer à respirer par le nez. Oui, effectivement… sauf en cas d’obstruction sévère, surtout chez un enfant. Ne mettez jamais du scotch sur la bouche d’un enfant la nuit. Je suis désolée d’avoir à dire quelque chose d’aussi évident. Vous pouvez avoir une obstruction nasale d’ordre mécanique. Par exemple, une langue volumineuse, qui, au relâchement du sommeil, prend toute la place et empêche la respiration nasale. Chez un enfant, il peut s’agir des végétations. On peut également avoir une déviation de la cloison nasale, un nez fracturé par le passé. Il existe des causes d’obstruction mécanique qui ne se règlent pas comme ça.
Donc, si vous lisez ou recommandez ce livre, gardez votre esprit critique. Surtout n’éloignez pas les lecteurs d’une prise en charge médicale. Ce n’est pas parce qu’on travaille sa respiration qu’on ne peut pas se faire soigner à côté. Les deux ne s’opposent pas, les deux mondes se complètent.
Un livre inspirant mais pas un guide
Ce qui va peut-être vous décevoir aussi, c’est que ce livre n’est pas un guide. J’aurais trouvé très enrichissant de voir une progression pour quelqu’un qui est respirateur buccal, de voir comment l’amener progressivement vers la respiration nasale, puisque c’est la thèse principale du livre. J’ai vraiment regretté l’absence de protocole pratique.
L’auteur, lui, est un vrai passionné qui a exploré toutes les techniques ventilatoires, notamment toutes les hyperventilations. Il détaille par exemple la technique Wim Hof, la respiration holotropique. Il décrit ses expériences et c’est très intéressant, ça se lit très bien. Mais on reste un peu sur sa faim : on aurait bien aimé avoir des explications physiologiques et des contre-indications précises.
Ce que Respirer de James Nestor apporte malgré ses limites
Les bénéfices de la respiration nasale
Ce livre mérite toutefois son succès pour de nombreuses raisons. D’abord, la forme est très engageante. Je le redis, ça se lit très facilement. C’est exceptionnel d’avoir un livre sur la respiration aussi accessible. James Nestor se soumet lui-même aux expériences. On a envie de savoir ce qui lui arrive. Ça vous motivera puissamment à pratiquer des pranayamas ou à vous intéresser à la respiration. Si ce n’était pas encore une évidence pour vous, ça le deviendra après ce livre.

À la fin de cet ouvrage, si vous doutez encore du bénéfice de la respiration nasale par rapport à la respiration buccale, c’est… que vous avez mal lu. Je vous en cite quand même les bénéfices : la respiration nasale abaisse la tension artérielle, ça améliore l’immunité, la digestion, la libido, la qualité du sommeil, ça diminue le stress et l’anxiété, ça améliore la concentration et les performances cognitives.
Cycle nasal, respiration lente et pranayama dans la pratique
Le livre comporte aussi un chapitre très intéressant qui confirme l’existence d’un cycle nasal. Et cela nous réjouit en lien avec le pranayama et nadi shodhana. Malheureusement, là aussi on reste un peu sur sa faim. Il n’y a pas d’explication sur ce que ça implique. On ne sait pas si l’étude menée confirme une alternance de narine en lien avec le cycle lunaire ou avec la libido des participants. On sait déjà que ça alterne, c’est excellent à lire, mais en tant que pratiquante de yoga j’ aurais aimé en savoir plus.
Et comme je vous le disais, James Nestor dans Respirer documente vraiment bien l’importance de la respiration lente : 5,5 secondes d’inspiration, 5,5 secondes d’expiration. L’auteur détaille également bien l’importance du travail expiratoire pour permettre une bonne inspiration. Quand on guide des élèves, souvent ceux qui n’arrivent pas à inspirer, c’est parce qu’ils ont mal expiré précédemment.
Donc au final, en termes yogique et de pranayama, vous n’apprendrez probablement pas grand-chose. Mais si vous êtes débutant et que vous cherchez une source de motivation, vous allez la trouver.
La respiration nasale va modifier votre anatomie (votre structure)
Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre, c’est aussi la manière dont il explique que la fonction influence la structure. C’est un concept souvent difficile à faire admettre aux patients. La théorie principale dans le livre, c’est que si vous mastiquez beaucoup, vous allez développer vos mâchoires, vos maxillaires, et permettre une meilleure respiration nasale.
La fonction (mastiquer beaucoup ou respirer par le nez) va modifier l’anatomie des voies aériennes supérieures. C’est un facteur puissant de motivation pour se dire : « OK, j’ai des difficultés respiratoires. Mais je vais chercher des solutions et commencer progressivement un travail respiratoire. Et en le faisant régulièrement, je vais très probablement voir des améliorations. »
Le corps a une forte capacité d’autoguérison. Mais restons nuancés et pluridisciplinaires. On sera plus efficace si on admet que certains patients ou élèves en yoga n’arrivent pas à respirer par le nez juste en essayant. Certains ont besoin d’une aide médicale pour enclencher ce travail respiratoire. Ce serait plus pertinent que le discours culpabilisant et faux : tout le monde peut y arriver, il suffit de se scotcher la bouche.
L’épilogue, passage le plus nuancé de l’ouvrage
L’épilogue est vraiment le meilleur passage du livre, et je pense sincèrement que l’ouvrage aurait gagné à être écrit sur le même ton. Page 300 : « La respiration, comme tout traitement ou thérapie, n’est pas une panacée. Le fait de respirer plus vite ou plus lentement, ou pas du tout, ne peut pas faire disparaître une embolie. Cela n’effacera pas non plus les effets d’une maladie génétique neuromusculaire, et aucune technique de respiration ne peut guérir d’un cancer de stade 4. »
Et vous savez pourquoi James Nestor l’écrit ? Parce qu’il avait donné énormément de conférences avant d’écrire son ouvrage. Il était devenu une sorte de cour des miracles. Des gens venaient le voir en lui disant : « Je suis en cancer en phase terminale, est-ce que respirer va suffire ? » James Nestor a été pris à son propre piège, et il le reconnaît. Il admet donc enfin, dans l’épilogue, que la médecine moderne a ses mérites, et ses limites.
Médecine intégrative, yoga et alliance thérapeutique
« Jamais un homme d’âge moyen se plaignant de stress au travail, de dépression, d’un intestin fragile ou de fourmillements passagers dans les doigts n’obtiendra la même attention qu’un patient souffrant d’insuffisance rénale ».
Et c’est vrai.
Et tout le monde souffre de cette situation ! Les médecins n’ont jamais le temps de travailler sur le champ préventif. Et les patients atteints de problèmes apparemment plus anodins mais qui leur gâchent bien la vie au quotidien ne se sentent jamais pris en compte.
Je suis complètement d’accord avec ça. Et c’est pour ça que ce livre me dérange : parce que ce qui permet d’avoir une prise en charge holistique, c’est précisément quand on admet que la médecine moderne a ses mérites et ses limites, et que le yoga a ses mérites et ses limites. On n’est pas là pour travailler les uns contre les autres. On est là pour travailler en alliance thérapeutique, avec au centre un patient ou un élève qui se sent compris dans tous les aspects de sa vie.
Faut-il lire Respirer de James Nestor aujourd’hui ?
Au final, est-ce que vous devez lire ce livre ? Oui, si vous cherchez à vous motiver pour la respiration ou si vous découvrez vraiment le sujet. Non, si vous avez déjà une formation scientifique ou des protocoles clairs en tête.
À la place, je vous recommande vivement d’écouter le docteur Lionel Coudron sur le thème de la respiration. Il a donné une interview sur ma chaîne et vous pouvez également lire l’article. Vous allez être émerveillés par un homme qui allie la rigueur scientifique du médecin et une connaissance approfondie des effets thérapeutiques des pranayamas. En tant qu’enseignant de yoga, je suis sûre que vous allez énormément apprendre.
N’hésitez pas à me dire en commentaires ce que vous avez pensé du livre de James Nestor. Et si vous n’êtes pas d’accord, bien sûr, vous pouvez le dire. Je vous remercie simplement de rester bienveillants car je lis et je réponds personnellement à vos commentaires.
Je vous remercie de respecter mes convictions, qui sont le fruit de 23 années de pratique de la kinésithérapie et de l’ostéopathie en cabinet libéral. J’y ai travaillé la respiration, je pense, quotidiennement avec chaque patient.
Muriel
