Médecin et professeure de yoga, Bernadette De Gasquet s’est passionnée dès la fin des années 1970 pour l’accompagnement des femmes enceintes et des jeunes mamans. À l’origine du yoga prénatal, on peut affirmer sans crainte que Bernadette de Gasquet est une véritable pionnière des connaissances autour du périnée, de la respiration et de la posture. Elle a profondément transformé la manière dont la maternité est aujourd’hui vécue. Elle forme les maternités, professionnels du sport, du mouvement et du yoga dans cette quête d’un accouchement le plus physiologique possible.
Au fil de sa carrière, elle a ainsi formé près de 80 % des maternités françaises aux positions d’accouchement, introduisant l’usage du ballon et de nouvelles postures adaptées. Elle a également accompagné de nombreux sportifs de haut niveau et personnalités publiques, parmi lesquels Teddy Riner et Alice Abgenegou, dans la préparation et l’accompagnement de la parentalité. Son expertise est reconnue internationalement, et ses ouvrages — tels que Yoga sans dégâts, Périnée, arrêtons le massacre ou encore Bien-être et maternité — sont devenus des références incontournables.
On peut dire que ce travail est bien plus qu’une carrière : c’est véritablement la mission d’une vie, menée avec conviction et générosité.
Aujourd’hui, elle répond à vos questions d’enseignants de yoga sur les bonnes pratiques autour du yoga prénatal.
Comment bien se tenir quand on est enceinte?
Le yoga prénatal De Gasquet lutte contre la cambrure
Muriel : Tu voulais parler de la représentation classique de la femme enceinte.
Bernadette : Chaque fois qu’on voit une femme enceinte, on la représente avec une belle silhouette projetée vers l’avant : le ventre bien en avant et les reins très cambrés. C’est l’image emblématique de la femme enceinte, et cela me pose problème. Peut être que c’est esthétique, mais je sais ce qu’il y a derrière cette image : des tensions, des douleurs, des risques.
Je préfère voir une femme enceinte légèrement étirée, avec un dos plus neutre .

Muriel : La représentation classique montre souvent les mains sur le ventre et une main qui tient le dos, car cette posture entraîne fatalement des douleurs lombaires.
Bernadette : Au cours de la grossesse, il est presque certain d’avoir des douleurs dans le bas du dos. Donc c’est un thème qui revient tout le temps dans les cours de yoga, ces douleurs de type sciatique qui n’en sont pas.
Étirer le dos pour favoriser la respiration en yoga prénatal de Gasquet
Muriel : Alors, on va montrer tout de suite des photos de la position modifiée.

Bernadette : Ce sont des photos issues du livre Bien-être et maternité. Vous voyez la photo de gauche : on voit vraiment la cassure au niveau des reins, elle pousse sur le ventre. Ce n’est pas seulement creux, c’est cambré. À droite, ce n’est pas un dos rond, c’est un dos qui est en extension, légèrement creux, mais il n’y a pas la cassure au niveau des reins. Et on voit que le ventre est moins projeté. Il y a de la place, l’utérus se met contre le rachis, se met bien dans le bon axe et la respiration va être libre, abdominale.
Pour moi, cette respiration abdominale libre est la marque que la posture au niveau du dos est juste, avec un espace entre chaque vertèbre dans tous les plans (ce n’est pas je pince d’un côté – en arrière – pour allonger de l’autre – en avant – comme dans le cambré !).
Il faut que ce soit étiré dans tous les plans ; et vous voyez qu’elle est plus grande sous la toise.
Muriel : Oui c’est flagrant ! Remarquez à quel point on s’éloigne de la représentation traditionnelle de la femme enceinte et notamment au niveau du ventre !
Bernadette : Oui, et quand la femme est vraiment étirée, parfois dans les suspensions, on dirait qu’il n’y a plus de ventre ! Cette femme en photo était dans son dernier trimestre de grossesse.

Yoga prénatal de Gasquet dans le cadre de la grossesse physiologique
Muriel : La première question de mon audience portait principalement sur les peurs liées à l’accompagnement en yoga de femmes enceintes. Tu tiens quand même à rappeler qu’aujourd’hui nous allons parler uniquement de la grossesse physiologique.
Bernadette : Oui. Lorsqu’il y a une pathologie (éclampsie…), il faut toujours avoir l’aval de la personne qui suit la femme — sage-femme ou médecin — car s’il arrivait quoi que ce soit, on ne pourrait jamais être complètement sûr que ce n’est pas lié à notre intervention. Et pour la femme enceinte aussi, c’est important d’être rassurée.
À chaque fois qu’il y a des problèmes, on dit souvent : “Faites du yoga”. Mais il faut tout de même vérifier qu’un professionnel a donné son accord. Ici, nous allons donc parler des problèmes habituels de la grossesse physiologique seulement.
Et souvent, quand les femmes disent qu’elles ont mal ici ou là, je réponds : “Ce sont les joies habituelles de la grossesse”. C’est aussi la preuve que leur corps est en train de bouger, et en particulier leur bassin. Oui, ce sont des douleurs, des gênes, mais c’est plutôt bon signe : cela signifie que ça bouge. Maintenant, l’objectif est que ça bouge sans que cela fasse mal !
Peut-on trop travailler sa mobilité en yoga prénatal?
Muriel : Est-ce qu’on doit se méfier d’un excès de mobilité pendant la grossesse à cause des hormones, ou bien peut-on travailler sa mobilité « à volonté » ?
Bernadette : Il y a effectivement une hyperlaxité pendant la grossesse. Le problème, c’est que les femmes qui viennent au yoga et qui s’y plaisent sont souvent celles qui sont déjà souples et laxes. Les personnes plus raides, comme les hommes souvent, apprécient moins le yoga. Mais plus une femme est laxe et souple, plus elle aime pratiquer… et pendant la grossesse, cela peut devenir excessif.
Avec les hormones, les ligaments sont très détendus. Les articulations ne sont plus gainées, ni vraiment soutenues. On peut alors dépasser les amplitudes normales articulaires et faire souffrir les articulations et les ligaments de suspension, etc. C’est gratifiant parce qu’on va plus loin dans les étirements, surtout au niveau des hanches, mais attention : cela peut être trop.
Et souvent, c’est une illusion : on croit qu’on “ouvre le bassin”, alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. Certaines pratiques doivent donc être revisitées.

Faut-il faire du renforcement musculaire pendant la grossesse?
Muriel : Doit-on intégrer, à l’inverse, un travail de renforcement musculaire pour la jeune maman ?
Bernadette : Pour moi, ce n’est pas tellement le propos. Il faut surtout qu’elle bouge. Je donne toujours cette image, qui reflète pour moi le bon sens absolu : chez les Inuits, on sait qu’une femme est enceinte au changement de son rythme respiratoire, puisqu’il n’y a pas les moyens modernes d’examen. Dès ce moment-là, elle est dispensée des charges qui risquent d’entraîner des luxations, des problèmes articulaires, et d’une sollicitation excessive des abdominaux. En particulier, elle n’a plus le droit de gratter les peaux de bête, car cela sollicite trop les abdos. Mais en même temps, il faut qu’elle sorte de l’igloo et qu’elle continue à bouger, sinon le bébé sera trop gros. Et dans l’igloo, il n’y a pas de césarienne.
C’est du bon sens : on bouge, mais pas comme avant, pas n’importe comment. On ne bouge pas pour bouger, on n’est pas des Duracell, ni des hamsters dans une cage ; on se protège. Et pour moi, c’est une période extrêmement intéressante parce qu’on reçoit beaucoup de signaux.
Quand un mouvement n’est pas juste, d’un point de vue biomécanique, on a un signal : reflux, douleur, contraction utérine ou le bébé qui se manifeste, pas content. Et il sait très bien dire quand il n’est pas content. C’est très éducatif pour se connaître. Quand on est jeune et sans douleur, on peut faire n’importe quoi sans conséquence. Mais pendant la grossesse, le corps envoie immédiatement le message : « Là, tu as fait quelque chose qui n’allait pas. » C’est extrêmement formateur.
Muriel : Ce sont là les signes que la jeune maman peut observer sur elle. Et quels sont les signes que peut observer un professeur de yoga pour savoir s’il guide correctement une femme enceinte ou s’il doit ajuster sa guidance ?
Comment bien guider les futures mamans en Yoga prénatal de Gasquet ?
Bernadette : Il faut regarder la respiration. Si elle n’est pas spontanément abdominale, si le mouvement dans le ventre ne va pas jusqu’en bas, qu’on est sur des respirations thoraciques ou hautes, alors c’est que quelque part, le diaphragme ne peut pas bien bouger et que quelque chose bloque.
Par exemple, certaines femmes très souples font des postures comme le chien tête en bas et vont au-delà de l’amplitude normale de l’épaule. Elles se retrouvent la poitrine par terre. C’est peut-être joli, mais ce n’est pas normal pour l’articulation. Et ces femmes ne respirent pas bien.
Le jour de l’accouchement, c’est la même chose. Si on a un ballon devant soi et qu’on se met sur un ballon trop haut, le diaphragme est bloqué. Tout bêtement.
Le repère est toujours le même : est-ce que la femme respire vraiment librement, de façon abdominale ?
Le jour de l’accouchement, pour moi, c’est la femme enceinte qui choisit sa position à tout moment ; mais cette position doit être juste et confortable et il faut parfois des accessoires. Il ne faut pas que la femme ait trente-six corrections à maintenir en même temps : elle n’est pas là pour faire de la gymnastique corrective ce jour-là. Elle doit être bien partout, sans douleur autre que celle due aux contractions.
Yoga prénatal de Gasquet : quand la position du bébé influence le mouvement
Muriel : Quelle est la relation entre le mouvement de la femme enceinte et la taille de son bébé dans l’exemple des Inuits qui a été donné ? Rappelons que tu as mené énormément d’études en voyageant, en observant les pratiques ancestrales liées à l’accouchement naturel.
Bernadette : La taille dépend un peu du trimestre, mais aussi de la position du bébé. Est-ce qu’il a son dos en avant ou en arrière, contre le dos de la maman ? Le plus classique est qu’il ait son dos vers l’avant, vers le ventre. Quand il a son dos contre le dos de la maman, il y a plein de postures où elle ne respire plus du tout : elle n’est pas bien sur le dos, en position demi assise, assise appuyée en arrière. Dans ces cas, elle est complètement bloquée au niveau respiratoire, à cause notamment de la veine cave.
La taille du bébé, c’est surtout un enjeu pour l’accouchement, en lien avec le poids du ventre. Mais il n’y a pas que le bébé qui rentre en jeu, il y a aussi le liquide amniotique. Parfois, je suis vraiment émerveillée car on voit des ventres tellement énormes, dans le vide, qu’on se demande comment c’est possible. Et pourtant, la femme va très bien et récupère après. C’est quand même un miracle de la nature de pouvoir porter une telle masse.
Quels sont les interdits et contre-indications en yoga prénatal ?
Muriel : Les professeurs de yoga s’inquiètent énormément et se demandent s’il y a des interdits absolus pendant la grossesse ?
Bernadette : Pour moi, non. Certaines choses se régulent toutes seules, comme par exemple les apnées longues : une femme enceinte ne les fait pas, elle n’est pas confortable. De manière générale, il ne faut pas forcer. C’est toujours vrai dans le yoga, mais là particulièrement. Si on est très fatiguée, on évite les postures épuisantes. On privilégie le travail à l’horizontale plutôt qu’à la verticale. Certaines femmes font des hypotensions quand elles restent debout et risquent de tomber : il ne faut pas les laisser immobiles, le sang stagne dans les pieds.
C’est ce qui rend un cours de yoga prénatal difficile : dans un groupe, il y en a qui ne peuvent pas rester debout, d’autres pas sur le dos, d’autres pas sur le côté droit, d’autres pas sur le côté gauche, et certaines pas la tête en bas à cause des reflux. Avec cinq femmes, il peut y avoir cinq postures différentes. La position à quatre pattes met presque tout le monde d’accord.
Le centre de gravité en yoga prénatal
Bernadette : Donc, je ne crois pas qu’il y ait d’interdits absolus, mais il faut toujours garder du bon sens. Le centre de gravité change complètement pendant la grossesse. Je pense par exemple à Clarisse Agbegnenou, qui m’a dit un jour : « J’adore les postures inversées, mais on m’a dit qu’enceinte, il ne fallait pas les faire. Moi ça me fait beaucoup de bien. Qu’en penses-tu ? » Je lui ai répondu : « Tu te connais assez. Si tu te sens bien, pour moi ça suffit. Mais fais attention : ton centre de gravité a changé. » Se mettre sur la tête enceinte n’a rien à voir avec avant.
Les sports à risque de chute ou de choc sur le ventre sont évidemment déconseillés. Les contre-indications médicales absolues sont la plongée avec bouteille, à cause de l’hyperpression, et l’altitude extrême, autour de 4000 mètres.
Mais dans un cours de yoga classique, il n’y a en principe rien de strictement interdit. Mais c’est à la femme de dire si elle est confortable ou pas. Si elle ne l’est pas, inutile d’insister : le yoga offre suffisamment de variantes pour trouver une alternative qui offre les effets qu’on cherche dans cette posture.
Clarisse, par exemple, s’est jettée sur la tête. Je lui dis de faire attention quand même, mais elle adore ça. Mais je ne proposerais pas à une débutante, sans l’habitude de cette pratique, de se mettre sur la tête, même en dehors de la grossesse. On peut se mettre tête en bas autrement, sans être sur la tête.
Le yoga prénatal doit-il être transmis en cours particuliers ou collectifs ?
Muriel : Est-ce qu’un enseignant de yoga, non formé spécifiquement en prénatal, peut accepter des femmes enceintes ? Peut-il les accueillir dans un cours classique ? Ou vaut-il mieux leur réserver un cours particulier ?
Bernadette : La réponse dépend de la situation. Une femme qui pratique déjà le yoga et qui se connaît bien, peut très bien rester dans son cours habituel jusqu’aux derniers mois. Cependant, le cours collectif « spécial grossesse » est intéressant, car on va s’apercevoir qu’on retrouve toujours les mêmes problèmes. Il y a toujours un intérêt à avoir des échanges.
Quant au cours totalement individuel, on connaît son intérêt en yoga par rapport au cours en groupe. On peut y être mieux guidée, si le professeur adapte vraiment en fonction de la morphologie et de la position du bébé.
Mais, même si c’est compliqué, en réalité ce sont toujours les mêmes choses qui reviennent. Il y a des séries.
Je commence toujours mes cours de yoga prénatal en demandant comment ça va et quels sont les besoins des participantes. Une va dire qu’elle a des reflux, et on va s’apercevoir qu’elles sont en réalité quatre ou cinq à en avoir. D’autres fois, toutes vont avoir des contractions : c’est lié à la pression atmosphérique, à d’autres facteurs. Tout d’un coup, il y a des contractions, alors que les autres semaines il n’y en a pas.
Il y a quand même des séries, et on arrive donc à être individualisé malgré tout, même si c’est une question d’habitude.
Comment adapter la posture de relaxation Shavasana pendant la grossesse?
Est-ce bon signe que bébé s’agite en Shavasana?
Muriel : Une élève disait : « J’ai l’impression que systématiquement, le bébé s’agite lors de la position de relaxation finale. » Peux-tu développer?
Bernadette : Alors, s’agiter, ça veut dire quoi ? Je vous ai dit que le bébé exprime des choses. S’il n’est pas bien, il va s’agiter d’une certaine manière, il va trépigner. Cela peut être lié au cordon coincé, à une moins bonne oxygénation, au fait d’être coincé et de manquer de mobilité totale.
Mais un bébé peut aussi se mettre à nager, bouger gentiment, amplement, « pousser les murs ». Très souvent cela arrive lorsque la mère est au repos, allongée, détendue, car debout il n’y a pas assez de place, c’est tendu. Et cela est plutôt bon signe.
Si le bébé trépigne, il vaut mieux changer de posture, pour voir si ce n’est pas mieux dans une autre posture. Cela rejoint quelque chose que l’on va beaucoup voir dans le congrès mobilités : quand ça bouge à l’extérieur, en général ça se calme à l’intérieur, et réciproquement.
Donc quand la mère arrête de courir, de sauter et de bouger partout, d’être stressée, le bébé va pouvoir se mettre à nager gentiment. Et c’est plutôt quelque chose de sympathique, que les mamans savent très bien interpréter : elles appellent le bébé, parfois le papa vient aussi, c’est tout un dialogue avec cet enfant.
Cambrure et inconfort de la future maman en Shavasana
Personnellement, je n’aime pas cette posture, Shavasana, pour des morphologies caucasiennes. Je voyage beaucoup, au Japon notamment, et les femmes n’ont pas de cyphose, pas de lordose, le sacrum est plat, la tête aussi. Ils dorment sur des futons, il n’y a pas de problème, il n’y a pas besoin d’oreillers, ils ne sont pas cambrés du tout.
Mais chez nous, nous avons des creux et des bosses, ce n’est pas tout plat. Et pendant la grossesse, avec la relaxine notamment, il y a très très vite des douleurs sacro-iliaques, dans le bas du dos entre le sacrum et les iliaques, quand la femme est couchée sur le dos. Si elle plaque les reins au sol, c’est pire ; elle ne peut pas respirer, elle n’est pas détendue.
Je plaisante souvent en disant : « Shavasana n’est pas du tout une détente. Le cadavre n’est pas détendu du tout, il a une rigidité cadavérique et il ne respire pas vraiment très bien ! »
Je préfère proposer des adaptations : plier les genoux, replacer le bassin, utiliser des accessoires pour que la future maman ne soit pas cambrée.
Que penser de la position sur le dos pendant la grossesse et de la veine cave ?
Pourquoi les futures mamans sont inconfortables allongées sur le dos?
Bernadette : À partir du sixième mois, la position sur le dos peut poser problème à beaucoup de femmes car l’utérus se place naturellement à droite. En effet, la coupole du diaphragme est plus haute à droite, et à gauche, il n’y a pas de place à cause de l’estomac et du cœur. Quand le bébé est également à droite, avec son dos contre celui de la mère, et que celle-ci est couchée, la veine cave (qui ramène tout le sang du bas du corps au cœur) est comprimée. Le retour veineux est bloqué, la femme se sent étouffer et se retourne spontanément. Même dans son sommeil, elle ne reste pas sur le dos.
Allongées sur le dos, les femmes enceintes ont en génréal mal au dos, parce qu’elles cambrent ; et en plus, elles étouffent quand il y a un problème de veine cave ! Mais toutes les femmes ne sont pas concernées. Certaines sont très bien sur le dos, et cela s’explique majoritairement par la position du bébé dans l’utérus.
Je veux quand même alerter car beaucoup de mamans lisent que c’est catastrophique d’être sur le dos. Or ce n’est pas dramatique : même endormie, la femme se retourne. Même avec une péridurale, elle sent qu’elle n’est pas bien.
Muriel : Beaucoup de personnes proposent alors de s’allonger sur le dos avec des accessoires, avec un bolster par exemple.
Enceinte, que penser d’un bolster pour s’allonger sur le dos?
Bernadette : Si c’est vraiment la veine cave qui est comprimée, sur le dos, ça ne va pas aller. En revanche, sur le côté droit, il n’y a aucun problème, surtout en se plaçant trois quarts vers le ventre. La veine cave est comprimée au niveau du dos : elle est à droite de la colonne. Si la maman est tournée vers le ventre, elle ne comprime pas la veine cave. Très souvent, elle est mieux à droite car son bébé est à droite. Cela dépend de la position du bébé.
Muriel : C’est bien, tu démystifies ce côté droit. Tu rassures aussi sur la position sur le dos.
Bernadette : C’est un peu piégeant, car ça peut survenir du jour au lendemain. La femme est très bien sur le dos, et le lendemain plus du tout, elle ne respire plus. Donc il faut demander à chaque fois si elle respire bien. Si ce n’est pas le cas, il faut simplement qu’elle se tourne, sans paniquer, doucement, sans se faire mal. Cela survient a priori à partir du 6ème mois, car avant le bébé est en dessous de cet endroit qui comprime.
Muriel : Quelqu’un dans le chat avait justement appris en cours de secourisme qu’il ne fallait jamais mettre une femme enceinte à droite. Mais tu avais prévenu que tu lutterais contre les idées préconçues !
Bernadette : J’ai justement eu un mémoire de sage-femme sur cette question, « Le décubitus latéral gauche systématique est-il justifié? » et il a bien été démontré que non. Mais il faut que la respiration soit bonne, c’est le repère.
Les postures à plat ventre pendant la grossesse
Yoga prénatal : respecter l’appréhension de la future maman
Muriel : Il y avait aussi des questions sur le plat ventre, la posture du cobra. Est-ce que tu peux nous éclairer là-dessus ?
Bernadette De Gasquet : Concernant la position sur le ventre, les femmes enceintes n’ont souvent pas envie de s’y mettre. J’en profite pour ajouter une précision : même si je vous ai dit qu’il n’y a pas de contre-indication absolue, même si une posture est très bien faite et parfaitement sûre, si dans la tête de la femme elle est vécue comme dangereuse, alors elle ne doit pas la faire. Parce que ça c’est dangereux, si elle pense que c’est dangereux, alors même que c’est totalement anodin.
On est toujours encore à l’heure actuelle dans une période de superstition qui entoure la grossesse. Certaines femmes me disent : « J’ai fait ça alors qu’on m’avait dit de ne pas le faire, et le placenta s’est décollé. » Cela entraîne une grosse culpabilité car un « interdit » a été bravé, même si aucun lien n’existe et qu’on peut le démontrer par a + b. Donc, si une posture inquiète une future maman, qu’elle n’a pas envie de la faire, elle ne la fait pas.
Le plat ventre augmente-t- il le risque d’avortement?
Bernadette de Gasquet : Pour le plat ventre, souvent les femmes n’ont pas envie de le faire car elles ont l’impression d’écraser leur bébé. Ce n’est pas vrai : le bébé est dans du liquide et peu importe que l’on appuie d’un côté, ça ne change pas la pression à l’intérieur. Il faut bien comprendre que le jour de l’accouchement, ou lorsqu’il y a des contractions utérines, l’utérus se rétracte sur un liquide incompressible, et le bébé sent la contraction. Et c’est ça qui va le pousser vers le bas.
Mais si elle se couche sur l’utérus, cela ne change rien pour le bébé. La maman a un peu la sensation d’être comme une tortue sur le dos, et elle n’a pas envie de faire ça, donc elle n’a pas d’intérêt à le faire.
Il existe tellement de postures de yoga qu’on n’a aucune raison de demander à une femme enceinte de s’allonger sur le ventre. Et de toute façon, même hors grossesse, cette position accentue la cambrure, surtout chez nous, Occidentaux.
Yoga prénatal de Gasquet au début de la grossesse
Bernadette : Le début de grossesse est une période particulière. Rien n’est sûr jusqu’au troisième mois. Autrefois, on n’annonçait pas sa grossesse avant trois mois, car on craignait une fausse couche, qui est souvent une réaction saine du corps face à quelque chose « à éliminer ». Puis, il y a eu une période où l’on annonçait joyeusement sa grossesse à tout le monde.
Aujourd’hui, avec les difficultés à concevoir de nombreuses femmes, type hypofertilité, nécessitant de passer par la PMA, je constate que celles qui parviennent enfin à tomber enceinte vivent cela comme quelque chose de très précieux, et sont donc encore plus inquiètes qu’en cas de grossesse spontanée. Très souvent, avant trois mois, elles n’osent rien faire, et elles ne veulent pas en parler. C’est un peu de l’ordre de la superstition, ce que je respecte complètement, et ce n’est pas le moment d’imposer quelque chose qui serait vécu comme dangereux par la femme.
Souvent, elles commencent donc le yoga prénatal De Gasquet après trois mois. Sinon, on privilégie beaucoup la respiration, les étirements, et on évite tout ce qui pourrait leur donner du stress ou la peur de faire quelque chose de mauvais pour leur bébé. Ce n’est pas le moment.
Yoga prénatal : certaines postures peuvent-elles provoquer l’accouchement ou la perte du bébé?
Muriel : Dans le même ordre d’idées, on me demande souvent si les postures d’ouverture – comme Prasarita Padottanasana ou les abductions de hanches – présentent un risque abortif.
Bernadette : Je ne crois pas. Je n’ai aucune justification médicale qui irait dans ce sens. C’est plutôt une illusion visuelle : on ouvre, donc on pense que « ça va s’ouvrir et que ça va sortir ». Mais non, le col reste fermé. Il faut bien différencier le col, le vagin et la vulve.
Concernant les torsions et l’idée que cela pourrait déclencher une fausse couche ou un accouchement plus tôt, je n’y crois pas non plus. Beaucoup de femmes voudraient accoucher avant la date prévue, mais cela ne marche jamais. On peut essayer les postures dites « déclenchantes » : tant que ce n’est pas mûr, ce n’est pas mûr. Cela fait plaisir de les pratiquer, mais ça ne change rien.
Donc non, ces postures ne sont pas abortives. En revanche, elles ne sont pas forcément bénéfiques pour le périnée. Écarter les genoux crée souvent des périnées rigides et rétractés. On a l’impression que c’est ouvert et souple, mais en réalité, non : ça reste rigide. Quand je vois des femmes très à l’aise dans ces postures, je me dis toujours : « Leur périnée doit être bien raide. » C’est surtout par rapport à cela que je déconseille d’en abuser car il n’y a aucun intérêt à multiplier les postures en rotation externe de hanche pendant la grossesse.
Muriel : Mais alors, il n’y a rien d’interdit ? Rien de dangereux pendant la grossesse ?
Bernadette : C’est vrai que mon discours est rassurant, à contre-courant de ce qu’on entend souvent. Je préfère rappeler qu’il faut avant tout respecter les signaux, la respiration, le confort et les inquiétudes des mamans. Mais non, je ne peux pas dire qu’une posture soit particulièrement dangereuse pour le bébé.
Yoga prénatal : Les postures en inversion peuvent-elles retourner le foetus ?
Peut-on pratiquer Sirsasana enceinte?
Muriel : Venons-en aux inversions, sujet sur lequel on m’a posé une infinité de questions. Est-ce que ça peut retourner un bébé qui serait bien placé ?
Que penser de Sirsasana, l’équilibre sur la tête ?
Bernadette : Normalement, non. Un bébé bien placé reste dans sa position. Sauf peut-être, chez une femme qui en est à sa quinzième grossesse, chez les grandes multipares, où il y a tellement de place et de liquide que le bébé bouge dans tous les sens. Il y a parfois besoin d’une césarienne alors que le bébé n’est pas gros, mais il a tellement de place qu’il se met en travers par exemple. Mais c’est rare chez nous. Une fois qu’un bébé a la tête en bas, il y a moins d’espace en bas : il reste ainsi. Pour qu’il remonte, il faut vraiment beaucoup de place. Et s’il en a autant, il peut aussi bien sortir en siège.
Être enceinte et rêver d’inversions
On entend souvent dire que les inversions sont proscrites pendant la grossesse, comme pendant les règles. Je ne crois pas. Dans de nombreuses traditions, les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants se mettent spontanément à l’envers. Quand l’utérus est bas, lourd, que les ligaments sont distendus, que tout est congestif en bas, avec varices vulvaires ou douleurs, ces femmes rêvent d’inversions. Cela les soulage, ça décomprime, y compris les artères utérines. Elles respirent mieux, et le bébé est content.
Je peux témoigner personnellement : j’ai eu deux enfants en présentation céphalique et un en siège. À l’époque, je n’étais pas encore médecin, et je ne rêvais que d’une chose : me suspendre, faire le « cochon pendu ». C’était une obsession, et cela me faisait énormément de bien, ça décomprimait, même si mon bébé en siège n’a jamais tourné.
Ma fille Marine, née en siège, a eu trois enfants, dont deux en tête et un en siège. Ce n’est pas héréditaire, mais c’est curieux. Pendant sa grossesse, j’ai tourné des vidéos avec elle et son mari. Elle me disait adorer faire un demi-pont, genoux posés sur les épaules de son mari, en suspension. Je lui ai dit : « Si ça te fait du bien, faisons la vidéo, mais je ne le proposerai pas à toutes les femmes », car beaucoup souffrent de reflux et ne supportent pas la tête en bas. Mais dans son cas, c’était un siège, et elle le vivait très bien. Si on en rêve, il y a une raison.
Yoga Prénatal : les inversions simples de la grossesse
Mon expérience avec les sages-femmes marocaines et les matrones du désert confirme cela. Elles disent que, pendant la grossesse, elles passent beaucoup de temps en prière, les fesses en l’air, la tête en bas. La prière a ses vertus, mais la posture aussi.
Muriel : Il existe plusieurs types d’inversions. On n’est pas obligéz de se mettre sur la tête pour inverser ! On peut pratiquer des inversions simples, par exemple avec des coussins.
Bernadette : Dans certains cas, cela peut aider non pas le bébé à tourner directement, mais l’utérus à se dégager du bassin. Et parfois, c’est suffisant pour permettre ensuite au bébé de se repositionner.
Accouchement de Gasquet : faire bouger la mère plutôt que le bébé
Peut-on retourner un bébé qui se présente mal?
Bernadette : C’est ce que cherchent les matrones quand elles suspendent les femmes par les pieds : elles font ce qu’on appelle aujourd’hui la relaxation coréenne, que l’on retrouve un peu dans le rebozo. Leur objectif n’est pas de « faire tourner le bébé » directement, mais de permettre à l’utérus de se dégager du bassin. Si c’est confortable pour la mère, elles prient, puis se mettent à l’envers d’une autre façon. Mais il faut être clair : cela ne marche pas à tous les coups.
Ce qui me dérange, c’est quand on promet que telle ou telle méthode fera forcément tourner le bébé. Ce n’est pas vrai. Tous les bébés ne peuvent pas tourner. Cela dépend de la longueur du cordon, de la position du placenta, et de bien d’autres facteurs. Il ne faut donc pas faire de promesses. Si la mère se sent bien à l’envers, qu’elle se mette à l’envers : c’est bon pour elle, et le bébé le manifeste aussi. Mais cela ne veut pas dire qu’il tournera.
Faut-il absolument faire tourner le bébé ?
Bernadette : Et puis, pourquoi vouloir absolument « faire tourner » un bébé ? Parfois, on le force à se placer dans une position qui n’est pas idéale : par exemple, dos contre le dos de la maman, la pire configuration si elle accouche allongée sur le dos. Alors je dis toujours : au lieu de tourner le bébé, tournez la mère le jour de l’accouchement. Il ne faut pas faire tourner tous les bébés, je préfère faire tourner la mère.
Muriel : Il va falloir que tu nous précises ce que tu entends par « faire tourner la mère ».
Bernadette : Concrètement, il suffit de la mettre à quatre pattes ou dans une position inversée. C’est ce que j’explique dans les vidéos réalisées avec l’Université de Lyon, l’école de maïeutique et le département d’anatomie 3D. Ce ne sont pas que des animations, il y a aussi des démonstrations avec une femme sur une table d’accouchement (qui n’est pas en train d’accoucher). On y montre très bien que si le bébé a son dos contre celui de la maman, il suffit que la maman se mette à quatre pattes : c’est beaucoup plus efficace que de « forcer » le bébé à tourner.
Est-ce que toutes les femmes connaissent la position de leur bébé ?
Bernadette De Gasquet : Pas vraiment. En consultation, on leur dit seulement si le bébé est en siège ou en postérieur.
Mais les femmes ressentent quand même certaines choses : un siège bas dans le bassin appuie beaucoup sur la vessie, et elles le sentent. Un bébé avec le dos contre celui de la mère la gêne pour respirer. Et les coups de pied sont toujours en face du dos : cela aide à se repérer.
Ceci dit, il n’est pas toujours facile de déterminer soi-même la position exacte. Même en palpant, même avec de l’expérience, ce n’est pas évident – parfois même pas avec l’échographie. La majorité des mamans n’a donc pas une conscience précise du positionnement de leur bébé, ce qui est parfaitement normal.
Asanas en Flexions pendant la grossesse
Les postures en Flexion en yoga prénatal De Gasquet
Muriel : Il y a aussi eu beaucoup de questions sur les flexions : comment adapte-t-on toutes ces postures ?
Bernadette : Le problème, ce n’est pas seulement pendant la maternité, c’est tout le temps : parle-t-on de flexion de hanche ou de flexion du rachis ? Dans Bien-être et maternité, mon modèle, Sharon, illustre très bien la différence.

À droite, elle se penche en arrondissant le dos : typiquement le geste qui déclenche une douleur dite « sciatique » chez la femme enceinte, mais qui est en réalité sacro-iliaque. Avec le ventre qui gêne, c’est encore plus difficile. C’est un geste courant de la vie quotidienne, mais mauvais pour tout le monde, et particulièrement pour les femmes enceintes.
À gauche, elle plie dans les hanches, dos droit, ce que j’appelle « la flexion Playmobile » : du bassin aux épaules, le corps reste en bloc, ça ne casse pas dans les reins. Cette façon de faire dégage la respiration, le diaphragme, et permet à la femme de ne pas se sentir comprimée.
Une pince est donc possible pendant la grossesse, à condition d’adapter : genoux écartés, dos droit, respiration libre.
Faut-il poursuivre les Torsions en yoga prénatal ?
Muriel : Et concernant les torsions ? J’ai trouvé une image de torsion fermée chez une femme enceinte.

Bernadette De Gasquet : Pour les torsions, là encore, tout dépend. Certaines femmes adorent et se sentent parfaitement bien dans ces postures. Tant qu’elles ne sont pas gênées, pour moi, il n’y a pas de problème. Les torsions agissent surtout au niveau du diaphragme et des insertions costales, pas sur l’utérus ni sur le bébé.
En torsion assise, le bassin reste fixe, ce sont les épaules et le haut du corps qui tournent : autrement dit, on tourne pratiquement au-dessus de l’utérus. Ce n’est pas dangereux. Et puis c’est un geste naturel : dans la vie, quand quelqu’un nous appelle, on se retourne. C’est bien différent des torsions construites, couchées, qui n’existent pas dans la vie courante.
Malasana en yoga prénatal de Gasquet : le bon accroupissement
Muriel : Il y avait aussi une question sur Malasana, la guirlande ou la posture accroupie. Y a-t-il des contre-indications ?
Bernadette : Elle devrait toujours se pratiquer talons au sol, pieds parallèles. Les genoux s’écartent un peu au-dessus des pieds, selon la place nécessaire pour le ventre. Mais le principe reste le même : talons au sol, pieds parallèles.
Le problème, c’est que beaucoup d’études sur l’accouchement utilisent des accroupissements mal exécutés, pieds écartés, qui faussent les résultats. Résultat : certaines publications concluent que l’accroupissement ne change rien par rapport à la position gynécologique. Mais c’est parce que la posture n’était pas correcte.
Visualisez un accroupissement avec les pieds en canard : en réalité, ce n’est pas un accroupi ; si vous retournez la photo, c’est une position gynécologique. Pas étonnant, dans ce cas, que les études concluent qu’on ne gagne rien (en ouverture) sur le bassin. Mais ce n’est pas la posture juste.
Un vrai accroupi, c’est talons au sol et pieds parallèles, comme dans les toilettes à la turque ou les toilettes japonaises d’origine. Les pieds parallèles permettent de garder un bassin neutre, ni fermé d’un côté, ni de l’autre. Dans cette position, il n’y a aucun problème : au contraire, c’est très bon pour le dos. La gravité étire naturellement la colonne, l’utérus se place bien dans l’axe, le bébé s’engage et descend plus facilement.
Comment prévenir ou récupérer un diastasis abdominal ?
Les postures d’extension en yoga pendant la grossesse
Muriel : On continue sur les postures : il y avait les extensions, les backbends. Que penser des étirements du flan ou du ventre pendant la grossesse ? Est-ce problématique notamment si la maman a déjà eu un diastasis lors d’une grossesse précédente ?

Bernadette : Un diastasis, c’est un trou dans le ventre. C’est un écartement des grands droits, cette “boutonnière” verticale qui s’ouvre sur l’abdomen.
Pendant la grossesse, c’est obligatoire que les grands droits s’écartent : il faut bien que l’utérus et le bébé trouvent leur place. L’étirement peut se faire vers le haut, ou en largeur.
Quand les abdominaux sont très toniques, surtout chez les sportives, l’écartement et le diastasis est parfois plus marqué, ce qui est frustrant : certaines femmes me disent qu’elles n’ont pas pris beaucoup de poids, qu’elles avaient une hygiène de vie impeccable, et elles se retrouvent malgré tout avec un trou dans le ventre.

C’est en réalité une adaptation physiologique : les grands droits s’allongent d’environ 15 cm entre le 5ᵉ et le 7ᵉ mois. Cet étirement soudain provoque souvent contractions et inconfort. Mais il est nécessaire : si l’espace ne se crée pas en hauteur, il se crée en largeur.
Muriel : Il y a beaucoup de questions sur le diastasis. Est-ce que c’est plus fréquent chez les femmes sportives ? Est-ce que ça peut être « réparé » ?
Bernadette De Gasquet : Il existe différents niveaux de diastasis : parfois très haut (au niveau des côtes, ce qui n’est pas gênant), parfois bas, sous le nombril, ce qui est plus gênant. En effet, cela fragilise davantage la statique pelvienne, puisque les abdominaux soutiennent les viscères. Si la paroi abdominale reste ferme malgré l’écart, ce n’est pas grave. Mais quand un véritable “trou” laisse apparaître les intestins en mouvement, il faut travailler activement au rapprochement des grands droits. Mais parfois, une chirurgie est nécessaire.
Etirer les grands droits prévention efficace du diastasis
Muriel : Est-ce qu’on aggrave en étirant ?
Bernadette : Non, pas du tout. Au contraire, bien étirer les grands droits aide à resserrer la boutonnière. Assise avachie ou cambrée, elle s’écarte. Étendue et étirée, elle se rapproche.
La prévention consiste donc à créer de la place : allonger les grands droits et les flancs, pour éviter les tensions et les points de côté. Même après une chirurgie, il faut travailler les obliques et la ceinture abdominale pour reconstruire le soutien. Et il faut agir vite, sans attendre six semaines (contrairement à ce qu’on préconise souvent).
Au Japon, les maternités fournissent aux femmes des gaines (Hobby, comme la ceinture du kimono). J’en ai rapporté, mais il a fallu les adapter car elles ne convenaient pas à nos morphologies. Portées dès la grossesse, ces gaines soutiennent par en-dessous, limitent l’écartement et soulagent les cicatrices après l’accouchement, même en cas de césarienne.
Mula Bandha et le périnée pendant la grossesse
Muriel : Peut-on engager Mula Bandha pendant la grossesse ?
Bernadette : La réponse est oui, il faut. Mula Bandha correspond au vrai mouvement du périnée : une remontée et non un simple serrage de l’anus. On utilise pour ça les muscles élévateurs de l’anus. Et on veut que ça remonte, pas que ça descende.
Et c’est le démarrage, le starter de l’expiration. Regardez un chat ou un chien : à l’expiration, l’anus rentre ; ça va avec le diaphragme. La respiration va du nez jusqu’au périnée.
En revanche, il ne s’agit donc pas de contracter en permanence. Comme un starter, Mula Bandha initie le mouvement, mais on ne reste pas “serré” en continu. Sinon, le diaphragme ne peut plus bouger et la respiration devient impossible.
L’image du tube de dentifrice illustre bien ce principe : on démarre par le bas, puis on continue à expulser vers le haut, en évitant toute poussée vers le bas. L’objectif est clair : protéger le périnée et la statique pelvienne des pressions inutiles. Expirer, ce n’est pas seulement souffler : c’est grandir.
Même de manière générale, quand on contracte un muscle, volontairement, il se détend. Donc on peut faire des contractions du périnée, il ne sera pas hypertonique. Il peut devenir hypertonique s’il est rétracté tout le temps avec des postures qui rétractent.
Quels sont les Pranayamas possibles et contre-indiqués en yoga prénatal?
La respiration abdominale est reine pendant la grossesse
Bernadette De Gasquet : Tout d’abord, la respiration abdominale est particulièrement conseillée. La respiration thoracique est compliquée, car elle est souvent liée à un état de stress : c’est la respiration de la peur. Il faut privilégier les respirations abdominales et diaphragmatiques, ainsi que les respirations carrées ou comptées, qui ne présentent aucun danger. C’est comparable à la cohérence cardiaque : se concentrer et compter, c’est très bénéfique.
En revanche, les apnées prolongées sont à éviter, car elles ne sont pas confortables. Et si elles se répètent, comme dans le cas des apnées du sommeil, cela peut avoir un impact sur le bébé (car c’est prolongé et répétitif).
Quoi qu’il en soit, la respiration reste l’élément le plus universel de la grossesse. Même lors d’une césarienne : tant que le bébé n’est pas encore sorti, il faut respirer pour lui.
Uddiyana Bandha dans le yoga prénatal De Gasquet
Muriel : Qu’en est-il des abdos hypopressifs ou d’Uddiyana Bandha pendant la grossesse ?
Bernadette De Gasquet : ça ne peut pas être hypopressif, vue la pression déjà présente dans le ventre, mais ça peut remonter. Quand tout est coincé en bas — avec des varices vulvaires par exemple et que l’on rêve de se mettre à quatre pattes — on peut remonter par le diaphragme grâce à Uddiyana Bandha. Cela fait du bien, mais c’est fatigant et il ne faut pas le pratiquer de façon systématique et prolongée. C’est un peu comme les postures inversées.
Moi, je propose parfois l’apprentissage de la fausse inspiration thoracique car après l’accouchement, c’est très intéressant. Mais pendant la grossesse, cela dépend. Certaines femmes en ont besoin, elles adorent et le font de temps en temps, d’autres trouvent cela inconfortable à cause des reflux.
Kapalabhati et Bhastrika pour une future maman
Bernadette De Gasquet : Quant aux pranayamas comme Kapalabhati ou Bhastrika, je les trouve trop fatigants. Et attention au risque d’hypocapnie : on expire, on expire, on expire, sans reprendre suffisamment d’O₂. Cela peut provoquer des spasmes ou des crampes. On se souvient qu’autrefois on faisait pratiquer la respiration du « petit chien » pendant les contractions, mais ce n’était pas du tout détendant. Donc, pour ma part, je ne suis pas favorable à ces techniques pendant la grossesse.
Yoga prénatal de Gasquet : expirer en grandissant
Muriel : Certaines postures augmentent-elles le risque de descente d’organes ou d’incontinence après l’accouchement ?
Bernadette De Gasquet : oui ! Il faut avant tout éviter de pousser vers le bas : éviter la constipation et les abdominaux qui génèrent une pression descendante. Dans les efforts, il faut partir du bas et remonter. C’est encore une fois le diaphragme qui peut remonter les organes.
Il est important de rappeler qu’il n’existe pas de muscle sous la vessie ni sous l’urètre : ce n’est donc pas en serrant le périnée qu’on remonte les organes. Au contraire, beaucoup de femmes ayant un périnée très rigide souffrent malgré tout de descentes d’organes, surtout lorsqu’elles sont constipées et qu’elles poussent. C’est pourquoi on regroupe souvent constipation, prolapsus et diastasis en formation à l’Institut de Gasquet : ces 3 pathologies partagent une même origine, les poussées néfastes vers le bas.
Peut-on accoucher avec une fausse inspiration thoracique ?
Muriel : La fausse inspiration facilite-t-elle le démoulage du bébé lors de l’accouchement ?
Bernadette : La réponse est non : c’est trop intellectuel. À l’accouchement, ce qui se met en place spontanément, c’est une expiration freinée. C’est cela qu’on entend lorsque la femme est dans un réflexe expulsif. On n’accouche pas avec une fausse inspiration.
En revanche, un vomissement — qui ressemble à une fausse inspiration thoracique — peut être efficace, car il génère une poussée naturelle vers le bas. Mais de manière générale, il vaut mieux expirer en poussant vers le haut, en remontant le diaphragme : c’est postural.
Uddiyana est trop intellectuel le jour de l’accouchement et on n’est pas en état de faire cela en général.
Comment bouger pendant la grossesse?
Muriel : Comment on pourrait refaire le lien vers la mobilité, vers ce que tu vas nous proposer lors du congrès Mobilités ?
Bernadette De Gasquet : Lors du congrès, nous aborderons plusieurs thèmes : les fascias, des extraits de films sur la mobilité, la mobilité fœtale et utérine. Le docteur Bernard Maria, obstétricien, interviendra également pour parler de sport et maternité : qu’est-ce qui est raisonnable, et qu’est-ce qui ne l’est pas ?
Avec son expérience, il a traversé comme moi différentes périodes : « il faut bouger », puis « il ne faut plus bouger », ensuite « il faut re-bouger », voire « il faut hyper bouger ». Sur une carrière, on a tout vu passer. Il pourra donc partager un regard plein de bon sens sur la mobilité et la grossesse.
Enfin, il sera aussi question de l’éveil psychomoteur de l’enfant. Pour ma part, je tiens à rappeler que le placenta est un véritable intermédiaire entre la mère et l’enfant.
Muriel Merci infiniment Bernadette pour la générosité de ton partage.

Congrès De Gasquet : Mobilités, centrage et périnée
Dans cette vidéo, où l’on aborde le yoga prénatal de Gasquet, il est aussi question d’un rendez-vous important : le congrès Mobilités, centrage et périnée, désormais passé et dont vous pouvez vous procurer les replays.
Le congrès précédent était consacré au thème de la respiration, et l’événement a marqué les esprits par la richesse des échanges et l’énergie collective. Cette nouvelle édition explore la mobilité au pluriel, dans toutes ses dimensions :
- mobilité physique et viscérale,
- mobilité énergétique et psychique,
- mobilité sociétale.
De nombreux temps forts jalonnent le programme :
- des vidéos inédites réalisées avec l’Université de Lyon et l’École de maïeutique, illustrant la biomécanique materno-fœtale selon les positions de la mère et la présentation du bébé,
- des interventions sur les réflexes archaïques, la psychomotricité et le développement de l’enfant,
- une deuxième partie tournée vers le sport et le mouvement : mobilité en apesanteur, gestion des vertiges, sports portés, et bien d’autres manières de “bouger ou ne pas bouger” tout en sollicitant le corps, une méditation en mouvement inspirée du soufisme des derviches tourneurs…
Enfin, le congrès accueille également le professeur Guimberteau, premier en France à avoir mis en avant le rôle majeur des fasciae et de la tenségrité.
Ce rendez-vous ne se veut ni médical ni académique : il ne s’agit pas de statistiques ou d’études cliniques, mais bien d’un lieu d’échanges entre passionnés de terrain. L’esprit est simple et ouvert : toute personne intéressée par les problématiques de mobilité, d’équilibre, de respiration et de périnée peut y trouver sa place.


